Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 07:17
Traverser un continent implique évidemment beaucoup de deplacements. Des heures, des journées et des nuits passées sur les routes, tantôt assis dans un bus, tantôt sur le bord d'une Highway américaine, le pousse levé, pleins d'espoir de se faire prendre en stop...tantôt debouts, à 8 à l'arriere d'un pick-up pour descendre la vallée sacrée des Incas, ou alors le sac au dos les pieds au sol...
 
Traverser un continent implique des voyages longs, aventureux, fatiguants, dans des paysages souvent fabuleux... et sur des routes parfois périlleuses.
 
Voici le récit d'un voyage dans le voyage, d'une aventure dans l'aventure.
 
 
Il est 8h ce matin quand nous nous reveillons, un peu fatigués par une nuit courte ou les pensées se sont bousculées comme souvent la veille d'un nouveau depart. Il fait beau et déjà chaud, le soleil s'est levé sur La Paz.
 
Après avoir mis nos sacs, de plus en plus lourds, sur notre dos, nous prenons un taxi en direction de la gare routière. On goûte une dernière fois aux saveurs des rues de La Paz, on écoute les derniers échos des cris déjà énergiques des "cobradors" dans leurs minibus, on manque un accrochage avec le taxi de gauche, on évite de justesse un passant à droite, puis on finit par arriver à la gare de bus. 
 
Là, nos sacs sont chargés dans les soutes du "bus". Peut-on vraiment appeller cela un « bus »? Sur celui-ci, on peut lire pas moins de 4 marques différentes, il a été bricolé avec des pièces Nissan, VW, Mercedes,... le tout assis sur un chassis de camion... et des roues lisses, très lisses, trop lisses peut-etre pour les routes caillouteuses que l'on s’apprète à emprunter.
 
Déjà peu rassurés par l’état du bus notre frayeur augmente quand on voit qu'avec nos sacs sont chargées deux bouteilles de gaz apparemment pleines !... assis à l'arrière du bus, juste au dessus de deux bombes potentielles, on se prepare pour la route: pain, jambon, chips, eau, MP3...
 
 
Moins dangereux mais tout aussi intriguant sont aussi chargés dans la soute un sac de cochons d’indes !
 
 
9h30 : C'est le départ. Nous quittons La paz, montant peu à peu vers El Alto qui surplombe la ville, la derniere vision que nous avons est fabuleuse... une ville illuminée par un doux soleil d’été et le regard bienveillant de l'Illimani, une montagne-glacier qui protège la ville.
 
10h : La route nous entraine dans des paysages toujours aussi magnifiques, on profite des Andes, de l'Altiplano. Rouler de jour nous plait plus que de nuit car on peut voir les paysages évoluer. Et puis... rouler de jour nous plait aussi plus parce que la nuit, le temps prend plus de temps, les routes paraissent plus accidentées, les virages plus rudes...
 
 
 
Au cours de la journée, nous faisons quelques brefs arrêts qui permettent à d’autres gens de monter pour faire une partie du trajet avec nous... il ne reste plus de places assises, qu'à cela ne tienne, certains voyageront debouts.
 
14h : C’est au moment où le soleil commence à atteindre son zenith qu’ une des roues arrières choisi de crever. On continue de rouler pendant une heure avec une roue en moins avant que le bus s’arrête au milieu de nul part dans un petit village pour tenter de réparer la roue. En l’absence d’outils adéquats il est décidé qu’une pioche va faire l’affaire !
 
 
Au moment où l’on repart, stimulé par ce long temps mort, un groupe de jeunes assis à l'arrière du bus décident de mettre un peu d’animation. En effet, au grand malheur de certains, l'un d'eux est tombé sur une réserve de coussins et ils se lancent aussitôt dans une bataille flamboyante à laquelle nous participons évidemment très rapidement... on est bientôt rejoint par un grand ami des péruviens et des boliviens, une célébrité locale, un roi de la bataille, le fameux Jean Claude Van Damme ! Pour ceux qui seraient intéressés de revoir l'intégrale de ce champion, allez prendre le bus dans les Andes...
 
18h30h. La nuit tombe doucement, les deux chauffeurs se relaient, pas question de faire une pause de plus de 20 minutes, ils prennent quelques feuilles de cocas, branchent une compile de Salsa et éteignent les lumières.
 
Nous baissons nos sièges et cherchons à trouver LA position qui va nous permettre de dormir un petit peu. Elle sera peut-être semi-assise, assise, couchée, sur le coté... qui sait ce que nous tenterons pour trouver le sommeil. Malheureusement, celui-ci est bien dur à trouver. Après une hésitation, nous branchons notre Mp3 qui nous suit, fidèle, depuis le début du voyage et sur lequel nous accumulons des musiques du voyage. On plane doucement dans nos pensées, bercés entre Québec et Mexique, entre France et Etats Unis, le tout sur un fond de salsa imposée par le chauffeur.
 
Puis soudain, de bercés, on passe à bousculés voir carrément secoués quand on termine notre trajet sur la partie asphaltée pour attaquer une partie en terre... on monte le volume de la musique, on se plonge plus profondément dans nos pensées...
 
1h : On est presque endormit quand le bus s'arrête brusquement. En regardant par la fenêtre, on voit un torrent énorme qui barre notre route. Impossible de passer. Si le bus tente la traversée maintenant on resterait probablement coincés ou pire encore, on réaliserait notre vieux rêve de prendre le bateau... dans une rivière nettement moins calme que le Mississippi et une embarcation nettement plus précaire !
 
Alors on attend... le niveau d'eau semble chuter progressivement, on a encore de la chance, il  suffit d’être patient. La saison des pluies, aggravée cette année par le phénomène El niño a causé de nombreuses inondations dans les Andes.
 
2h30: Un camion passe devant le bus et tente le passage de ce qu'il reste du torrent : et il passe ! Le chauffeur décide alors de tenter sa chance lui aussi... on retient notre souffle... et nous voila de l'autre côté, la route continue.
 
3h30: On attaque une portion pleine de virages, on roule lentement, très lentement, l'arrivée nous parait si lointaine, la nuit si longue. Le mal de ventre attaque les passagers un par un, on doit distribuer des sacs... ça devient plus dur de dormir.
 
6h : Le jour se lève enfin pour nous tirer de cette nuit sans fin... A-t-on dormi ? On se pose sérieusement la question... Sans doute ballottés entre réveil et sommeil, on a sombré quelques précieuses minutes... en tout cas, le Mp3 a chauffé... et les roues du bus aussi.
 
La lumière revient et avec elle les paysages se révèlent à nouveau... et on prend mieux conscience de la route. Ses dénivelés, ses virages fous au cours desquels on se remémore les meilleurs moments de sa vie au cas ou ce serait le dernier, des virages ou on comprend mieux pourquoi les gens se signent tous en montant dans le bus...
 
 
Au petit matin, on arrive à la frontière Argentine, là on change de bus mais le principe reste le même, il nous reste un très très long trajet jusque Buenos Aires – environ 2000 km – et on a déjà une journée et une nuit dans les paupières.
 
Avant de se remettre en route, il faut passer la douane, cette fois-ci c'est plus difficile qu'au Mexique, on attend plus de 5 heures debout en ligne avant de repartir  !
 
Puis on quitte progressivement les Andes et on descend vers la Pampa argentine... 26 heures de trajet avec seulement 4 pauses de 20 minutes... encore quelques films d'action, encore quelques courbatures dans le dos, encore une nuit dans un bus, encore des paysages fabuleux...
 
Le voyage quoi...
 
Entre Montréal et Buenos Aires, nous avons fait, sur les routes, plus de 12000 kilomètres, nous avons passé 7 nuits dans des bus.
Nous avons vu des paysages incroyables défiler sous nos yeux, si differents, si beaux, évoluant au fil des trajets.
Nous avons rencontré des gens dans les transports, vivant avec eux une aventure à part entière.
Nous avons cherché le sommeil... en le trouvant parfois, comme un trésor perdu.
Nous avons écouté des heures et des heures de musique, vu quelques Van Damme...
 
Et nous avons finalement atteint Buenos Aires!
 
Vous nous excuserez sûrement mais nous avons décidé que le bus c’était terminé ! Nous n’irons donc pas jusqu’à Ushuaia en bus... Plutôt nous allons aller en bateau à Montevideo en Uruguay puis nous irons peut être à Ushuaïa... mais à pied et accompagnés seulement de deux mules !
 
A d'abord,
 

Les Caméléons

Partager cet article

Repost 0

commentaires